Au temps pour moi ou autant pour moi ?

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Le beau temps est là. On se rue sur les terrasses pour lézarder au soleil et siroter un rosé pamplemousse bien frais. Le serveur vient prendre la commande :

« – Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ?

– Ce sera un jus de pomme pour moi.

– Autant pour moi, un jus de pomme aussi. Euh… au temps pour moi, plutôt une limonade ! »

A l’oral, aucun problème mais à l’écrit le doute entre la graphie autant pour moi et au temps pour moi subsiste. Et ce ne sont pas les médias qui viendront vous aider sur ce coup-là car les deux orthographes sont employées à tour de rôle par les uns et par les autres. Alors comment réussir à faire la part des choses ? Allons creuser du côté des Académiciens français !

Que dit l’Académie française ?

Selon l’institution, l’orthographe correcte de la locution utilisée pour reconnaître son erreur est au temps pour moi. « Ah bon ? » diront certains alors que les autres n’y voient qu’une évidence. Quelle est l’origine de cette orthographe, pourquoi s’y perd-on  et que faut-il retenir ?

L’expression au temps pour moi trouve son origine dans le domaine militaire. Le temps renvoie à un mouvement précis qui, enchainé avec d’autres, sert à composer un mouvement plus complexe comme dans le maniement des armes. « Au temps » était alors utilisé pour reprendre le mouvement depuis le début suite à une erreur. Dans l’expression au temps pour moi , il s’agit plus de signifier que l’on va reconsidérer les choses depuis le début que de reconnaître son erreur. Mais parce que l’origine de cette injonction militaire n’est plus comprise, la graphie autant pour moi est presque plus courante aujourd’hui.

Et les autres ?

Claude Duneton, écrivain et historien du langage , a milité pour la graphie autant pour moi. Il défendait la signification suivante que j’approuve également :

« Je ne suis pas meilleur qu’un autre, j’ai autant d’erreurs que vous à mon service : autant pour moi. »  Ecrire autant pour moi devient alors un acte engagé ou la plupart du temps la conséquence d’une certaine logique d’esprit.

Gardez bien à l’esprit que l’expression autant pour moi existe et se trouve communément admise avec le sens de la même quantité pour moi comme dans l’exemple cité plus haut.

Comment se positionner ?

Le Petit Robert, Le Français correct de Maurice Grévisse ou encore l’Académie française n’admettent jusqu’à présent qu’une seule orthographe correcte : au temps pour moi. Même si la libre réflexion sur la langue et ses évolutions peut conduire à admettre plusieurs graphies possibles pour cette locution, il est conseillé pour un usage professionnel et administratif de privilégier l’orthographe des institutions qui font foi, et d’écrire au temps pour moi dès qu’il est question d’erreur commise. On ne vous reprochera jamais d’avoir écrit au temps pour moi ce qui n’est pas le cas pour autant pour moi. Dans ce cas présent, mieux vaut se retrancher derrière le principe de précaution autant pour moi que pour vous !

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La confusion entre malgré et bien que

Malgré

Il y a des phrases qu’on intercepte au détour d’une conversation dans la rue et qui nous écorchent  douloureusement les oreilles. A l’oral,  on ne compte plus les « malgré que… », les mots s’envolent mais laissent perplexes. Si bien que ce matin lorsque j’entends : « J’ai déposé mon fils à l’école malgré qu’il tousse beaucoup… », je décide de m’interroger sur cette locution conjonctive.

Même si l’emploi incorrect est plus souvent observé à l’oral, on le constate également à l’écrit.  Et c’est là que le bât blesse. Dans un courrier, il faut bien l’admettre, l’emploi va fragiliser la crédibilité engagée. Pour braver les travers linguistiques qui reviennent au pas de course, une citation culte et un conseil mnémotechnique servent parfois à éradiquer ce qui est devenu un tic de langage.

Un petit détour par la règle de grammaire

Malgré est une préposition et en tant que telle, elle introduit un groupe nominal ou un pronom, comme dans la réplique suivante.

 « Malgré toutes les horreurs, au travers de toutes les tragédies, l’humanité progresse. »  Claude Lelouch dans Itinéraire d’un enfant très gâté.

Lorsqu’on souhaite introduire une proposition conjonctive, l’emploi de bien que ou quoique est de rigueur. Quelques emplois de malgré que sont recensés dans la langue soutenue, mais seulement avec le verbe avoir conjugué au subjonctif.  Aucun autre usage n’est accepté par l’Académie française. Et même si certains auteurs (Proust, Mauriac, Maupassant) s’y sont essayés, dans un rapport, une lettre de motivation ou tout autre écrit, ne tentez pas cet usage considéré comme incorrect. N’oubliez pas que bien que nécessite l’emploi du subjonctif !

La réplique culte

A retenir la réplique de  Winston Churchill : « Je suis toujours prêt à apprendre, bien que je n’aime pas toujours qu’on me donne des leçons. »

Comment s’en rappeler ?

Malgré + nom  /  Bien que + proposition subordonnée

Pour tous ceux qui disent « malgré que », ceux qui essaient d’arrêter et ceux qui ne l’ont jamais dit, retenez bien :

« Malgré la pluie et bien qu’il fasse froid, on résiste ! »

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